SPÉCIAL WTC
- VOL5  NO3 - SEPTEMBRE 2001 -

 



FACE À LA TERREUR
Diverses façons de réagir depuis l'attentat


Je réalise que l'être humain est vraiment irrationnel en période de crise. En ces temps inquiétants, il est impératif de tous se poser cette question : «Suis-je bon pour l'asile ?»

(CE TEXTE FUT PUBLIÉ DANS LE MAGAZINE L'ÉCHO DU VILLAGE NO.17. DÉCEMBRE 2001. P.58-61)


HUMAIN EN CRISE


Les psychologues affirment qu'il existe deux réactions face à la terreur. Une personne peut s'avouer vaincue dès le premier frisson et opter pour la fuite. Tandis qu'une autre aura tendance à nier le problème et à foncer tête baissée, insensible au danger. En d'autres termes, le premier aura le réflexe d'amplifier le problème et de s'opposer à toutes formes de résistance, tandis que le second minimisera les risques et réagira sans réfléchir.

Par exemple, un infirmier m'a déjà expliqué qu'il existe deux types de patient, deux réactions distinctes face à la terreur de l'hospitalisation. Le premier passe son temps à se plaindre et à refuse les soins. C'est le geignard. Le second souffre en silence, refuse d'admettre sa maladie, et cherche à régler son problème par lui-même. C'est le téméraire. Souvent, ce dernier s'amuse à enlever et à remettre le soluté fixé à son bras.

En somme, le premier est persuadé qu'il va mourir et que les médecins sont incompétents, alors que le second est persuadé qu'il est en santé et qu'il peut s'improviser chirurgien cardiaque en cas de besoin.


ENQUÊTE SUR LE TERRAIN

Dans l'optique de produire un texte éclairé, j'ai décidé de vérifier la véracité de cette généralisation simpliste en passant quelques jours à l'hôpital. En raison de la paranoïa ambiante par rapport à l'anthrax, je parvins à y être admis en invoquant la réception d'une missive suspecte d'où s'écoulait une poudre inconnue. Coup de bol, la quarantaine qu'on m'imposa me permit de côtoyer des patients les plus divers, si l'on fait abstraction du fait qu'il s'agissait essentiellement de postiers américains.

À ma grande stupéfaction, je dus admettre que l'infirmier avait raison.  D'un côté de la pièce où nous étions tous enfermés, des malades toussaient à s'en rompre les poumons, crachaient du sang et perdaient leurs cheveux (type geignard), tandis qu'à l'autre bout de la pièce un second groupe de patients tentaient de jouer au docteur avec l'infirmière de garde (type téméraire).

De retour à la maison, jecherchai à savoir quel type de patient je pouvais bien être depuis l'opération chirurgicale qui défigura New-York. Voici les résultats de mon analyse :



Le type geignard

( Je vais mourir, car ils sont tous incompétents )


Si vous êtes persuadé que le monde est en pleine déchéance, que la fin du monde est proche et inévitable, vous êtes du type geignard.



1- LE SURVIVALISTE
Pessimiste, le survivaliste a fui la société et se terre dans la pénombre de son bunker depuis la crise des missiles cubains. Suite à l'attentat contre le WTC, il a investi ses dernières économies en masques à gaz, en iode et en drapeaux américains. (Avec les drapeaux, il a l'intention de se confectionner une attrayante garde-robe.) Le survivaliste possède des informations cruciales à propos de l'avenir de l'humanité. Spécialiste en stratégie militaire, il communique ses connaissances par le biais d'un site Internet où il interprète le mouvement des troupes américaines et les quatrains de Nostradamus.




2- LE MOLLASSON
Ce dernier se plaint des décisions prises par nos gouvernements, mais il n'a aucune envie de se creuser la tête afin de suggérer des solutions originales. Il croit que les autorités n'ont pas le génie pour résoudre les problèmes, mais que la population n'a pas le pouvoir de changer quoi que ce soit. Alors, aussi bien accepter les solutions proposées, tant qu'on peut fêter Noël.

Et à bien y penser, il est maintenant en faveur du contrôle de l'information et d'un système de surveillance illimité.



3- LE PLAISANTIN
Le plaisantin gère son stress par l'humour. Pour cet individu, l'angoisse ressentie par la population est un bon prétexte pour s'amuser. C'est le moment idéal de commettre une sympathique alerte à la bombe. Il a compris qu'en alléguant n'importe quoi, il est maintenant possible
d'alerter les autorités. De plus, lorsque la presse déclare que l'alerte à la bombe n'est qu'un simple canular, il a déjà oublié qu'il est l'auteur du mensonge. Cette nouvelle le réconforte et lui donnera l'impression que sa ville est exempte d'acte terroriste véritable.




4- L'ANXIEUX
L'anxieux n'a pas dormi depuis le 11 septembre 2001. Son médecin penche pour un syndrome de stress post-traumatique. Ainsi, il est en congé maladie. Il profite de cette période de repos afin d'écouter toutes les émissions spéciales traitant du terrorisme. Son médecin, quant à lui, en profite pour lui refiler des
antidépresseurs fort dispendieux. Entre deux crises d'angoisse, il se cherche un lopin de terre dans le nord du Québec. Hélas, les psychiatres de cette région risquent peut-être de ne pas lui prescrire sa dose mensuelle.

 

 

INTERLUDE : LA CRISE SUR LE WEB

Le 11 septembre 2001, à l'annonce des attentats, les internautes se lancent à la cueillette d'informations.


Internet n'est manifestement pas encore un média de masse. Tandis que la télévision diffuse déjà les premières images recueillies sur les lieux du drame, que la radio multiplie les éditions spéciales, sur Internet, la presse s'écroule sous la demande.

À 15h40, par exemple, le Libération propose un volumineux dossier, ce qui occasionne une affluence trop importante et la défaillance du site. Plusieurs subissent le même sort: "Lemonde.fr, afp.fr, cnn.com." Ils s'écroulent sous la demande.

Certains pensent toutefois à alléger leur page d'accueil. Ils réduisent au maximum le nombre de requêtes pour permettre aux internautes d'accéder à l'information tout en minimisant la charge sur le serveur. C'est le cas de Radio France qui présente sur son site un simple streaming de son antenne et un bref fil d'infos.

Plusieurs sites Internet ont préféré mettre leur page d'accueil en berne : PHP.net, Amazon.com, Google.com, Suse.com, Play-Boy.com. Le Web devenait profondément humain et l'émotion était bien présente. Le monde entier était sous le choc, le Web aussi.

 

Le type téméraire

( Je n'ai pas de problème. Je vais régler la crise à moi seul )


Si vous êtes persuadé que le monde est peuplé de peureux, qu'il suffit de réagir promptement, de s'improviser justicier. Vous êtes du type téméraire.




1- L'IGNORANT
L'ignorant n'est pas angoissé par la crise actuelle, puisqu'il ne s'est jamais intéressé à l'actualité internationale, qu'il juge trop complexe. Le peu d'information qu'il possède lui fut prodigué par son chef spirituel. Ce dernier lui explique sommairement qu'il s'agit d'une bataille entre les forces du bien et du mal. Ainsi, l'ignorant s'improvise chevalier Jedi, grand pourfendeur des forces du mal. D'ailleurs, sa principale activité depuis le 11 septembre 2001 consiste à détester les étrangers qu'il croise dans la rue.




2- LE REQUIN

Le requin n'est pas près de se sentir angoissé, puisqu'il considère que la crise actuelle est une bonne raison de s'enrichir. Sa logique : «La meilleure façon de contrer le conflit, c'est de s'assurer que nos compagnies demeurent rentables». Le lendemain de l'attentat, il en profitait déjà pour renvoyer dix mille ouvriers de son entreprise. Certes, il possède une manufacture de voitures, mais qui peut prouver que la crise actuelle n'a pas influencé le marché de l'automobile ?




3- LE PRO-ACTIF

Le pro-actif est fatigué d'entendre constamment parler de terrorisme. D'après lui, il s'agit d'un faux problème. Il suffit d'user d'une logique implacable, de réagir promptement, avec puissance et détermination. Il a d'ailleurs amorcé une pétition afin que les pilotes d'avion et les chauffeurs de taxi aient tous le droit de tuer en cas d'agression.

Son credo : «Le seul moyen de combattre le terrorisme, c'est d'instaurer un régime de terreur.»





4- LE MÉGALOMANE

Depuis l'attentat à New York, le mégalo se félicite d'être politicien. Il a enfin la possibilité de passer à l'Histoire. Il a su habillement conserver son poste en déclarant la guerre à l'Afghanistan. Un pays qu'il connaît bien, puisqu'il y a déjà géré une compagnie de pétrole.

Texte et Dessins : Yanick Desrosiers




Sources (d'inspiration)

Réaction Américaine face à l'attentat
La confiance des Américains
L'opinion mondiale
   


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