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FACE À LA
TERREUR
Diverses façons de réagir depuis l'attentat
Je réalise
que l'être humain est vraiment irrationnel en période de crise. En ces temps
inquiétants, il est impératif de tous se poser cette question : «Suis-je bon pour
l'asile ?»
(CE TEXTE FUT PUBLIÉ DANS LE
MAGAZINE L'ÉCHO DU VILLAGE NO.17. DÉCEMBRE 2001. P.58-61)
HUMAIN EN CRISE

Les psychologues affirment qu'il existe deux réactions face à la terreur. Une personne
peut s'avouer vaincue dès le premier frisson et opter pour la fuite. Tandis qu'une autre
aura tendance à nier le problème et à foncer tête baissée, insensible au danger. En
d'autres termes, le premier aura le réflexe d'amplifier le problème et de s'opposer à
toutes formes de résistance, tandis que le second minimisera les risques et réagira sans
réfléchir.
Par exemple, un infirmier m'a déjà expliqué qu'il
existe deux types de patient, deux réactions distinctes face à la terreur de
l'hospitalisation. Le premier passe son temps à se
plaindre et à refuse les soins. C'est le geignard. Le second souffre en silence, refuse d'admettre sa maladie, et cherche à régler son problème
par lui-même. C'est le téméraire. Souvent, ce dernier s'amuse à enlever et à remettre le soluté fixé à son
bras.
En somme, le premier est persuadé qu'il va mourir et que les médecins sont
incompétents, alors que le second est persuadé qu'il est en santé et qu'il peut
s'improviser chirurgien cardiaque en cas de besoin.
ENQUÊTE SUR LE TERRAIN

Dans l'optique de produire un texte éclairé, j'ai décidé de vérifier la véracité de
cette généralisation simpliste en passant quelques jours à l'hôpital. En raison de la paranoïa ambiante par rapport à l'anthrax, je parvins à y
être admis en invoquant la réception d'une missive suspecte d'où s'écoulait une
poudre inconnue. Coup de bol, la quarantaine qu'on m'imposa me permit de côtoyer des
patients les plus divers, si l'on fait abstraction du fait qu'il s'agissait
essentiellement de postiers américains.
À ma grande stupéfaction, je dus admettre que l'infirmier avait raison. D'un côté
de la pièce où nous étions tous enfermés, des malades toussaient à s'en rompre les
poumons, crachaient du sang et perdaient leurs cheveux (type geignard), tandis
qu'à l'autre bout de la pièce un second groupe de patients tentaient de
jouer au docteur avec l'infirmière de garde (type téméraire).
De retour à la maison, jecherchai à savoir quel type de patient je pouvais bien être depuis l'opération chirurgicale qui
défigura New-York. Voici les résultats de mon analyse :
Le type geignard

( Je vais mourir, car ils sont tous incompétents )
Si vous êtes persuadé que le
monde est en pleine déchéance, que la fin du monde est proche et inévitable, vous êtes
du type geignard.
1- LE SURVIVALISTE
Pessimiste, le survivaliste a fui la
société et se terre dans la pénombre de son bunker depuis la crise des missiles cubains. Suite à
l'attentat contre le WTC, il a investi ses dernières économies en masques à gaz, en
iode et en drapeaux américains. (Avec les drapeaux, il a l'intention de se confectionner
une attrayante garde-robe.) Le survivaliste possède des informations cruciales à propos
de l'avenir de l'humanité. Spécialiste en stratégie militaire, il communique ses
connaissances par le biais d'un site Internet où il interprète le mouvement des troupes
américaines et les quatrains de Nostradamus.
2- LE MOLLASSON
Ce dernier se plaint des décisions prises par nos gouvernements, mais il n'a aucune envie
de se creuser la tête afin de suggérer des solutions originales. Il croit que les autorités
n'ont pas le génie pour résoudre les problèmes, mais que la population n'a pas le pouvoir
de changer quoi que ce soit. Alors, aussi bien accepter les solutions
proposées, tant qu'on peut fêter Noël.
Et à bien y penser, il est maintenant en faveur du contrôle de l'information et d'un système de surveillance illimité.

3- LE PLAISANTIN
Le plaisantin gère son stress par l'humour. Pour cet
individu,
l'angoisse ressentie par la population est un bon prétexte pour s'amuser. C'est le moment idéal de commettre une sympathique alerte à la bombe. Il a compris qu'en alléguant n'importe quoi, il est maintenant possible d'alerter les
autorités. De plus, lorsque la presse déclare que l'alerte à la bombe n'est qu'un
simple canular, il a déjà oublié
qu'il est l'auteur du mensonge. Cette nouvelle le
réconforte et lui donnera l'impression que sa ville est exempte d'acte terroriste
véritable.

4- L'ANXIEUX
L'anxieux n'a pas dormi depuis le 11 septembre 2001. Son médecin penche pour un syndrome
de stress post-traumatique. Ainsi, il est en congé maladie. Il profite de
cette période de repos afin d'écouter toutes les émissions spéciales traitant du
terrorisme. Son médecin, quant à lui, en profite pour lui refiler des antidépresseurs fort dispendieux. Entre deux crises
d'angoisse, il se cherche un lopin de terre dans le nord du Québec. Hélas, les psychiatres de cette région risquent peut-être de ne pas lui
prescrire sa dose mensuelle.
INTERLUDE : LA CRISE SUR LE WEB

Le 11 septembre 2001, à l'annonce des attentats, les internautes se
lancent à la cueillette d'informations.

Internet n'est manifestement pas encore un média de masse. Tandis que la
télévision diffuse déjà les premières images recueillies sur les lieux du drame, que
la radio multiplie les éditions spéciales, sur Internet, la presse s'écroule sous la demande.
À 15h40, par exemple, le Libération propose un volumineux dossier,
ce qui occasionne une affluence trop importante et la défaillance du site. Plusieurs subissent le même sort: "Lemonde.fr, afp.fr, cnn.com." Ils s'écroulent
sous la demande.
Certains pensent toutefois à alléger leur page d'accueil. Ils réduisent au maximum le nombre de requêtes pour permettre aux
internautes d'accéder à l'information tout en
minimisant la charge sur le serveur. C'est le cas de Radio
France qui présente sur son site un simple streaming de son antenne et un
bref fil d'infos.
Plusieurs sites Internet ont préféré mettre leur page d'accueil en berne : PHP.net, Amazon.com, Google.com, Suse.com, Play-Boy.com. Le Web devenait
profondément humain et l'émotion était bien présente. Le monde
entier était sous le choc, le Web aussi.
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Le type téméraire

( Je n'ai pas de problème. Je vais régler la crise à moi seul )
Si vous êtes persuadé que le
monde est peuplé de peureux, qu'il suffit de réagir promptement, de s'improviser
justicier. Vous êtes du type téméraire.

1- L'IGNORANT
L'ignorant n'est pas angoissé par la crise actuelle, puisqu'il ne s'est jamais
intéressé à l'actualité internationale, qu'il juge trop complexe. Le peu d'information
qu'il possède lui fut prodigué par son chef spirituel. Ce dernier lui explique sommairement qu'il
s'agit d'une bataille entre les forces du bien et du mal. Ainsi, l'ignorant
s'improvise chevalier Jedi, grand pourfendeur des forces du mal. D'ailleurs, sa
principale activité depuis le 11 septembre 2001 consiste à détester les étrangers qu'il croise dans la rue.
2- LE REQUIN
Le requin n'est pas près de se sentir angoissé, puisqu'il considère que la crise
actuelle est une bonne raison de s'enrichir. Sa logique : «La meilleure façon de contrer
le conflit, c'est de s'assurer que nos compagnies demeurent rentables». Le lendemain de
l'attentat, il en profitait déjà pour renvoyer dix mille ouvriers de son entreprise.
Certes, il possède une manufacture de voitures, mais qui peut prouver que la crise
actuelle n'a pas influencé le marché de l'automobile ?
3- LE PRO-ACTIF
Le pro-actif est fatigué d'entendre constamment parler de terrorisme. D'après lui, il
s'agit d'un faux problème. Il suffit d'user d'une logique implacable, de réagir
promptement, avec puissance et détermination. Il a d'ailleurs amorcé une pétition afin
que les pilotes d'avion et les chauffeurs de taxi aient tous le droit de tuer en cas
d'agression.
Son credo : «Le seul moyen de combattre le
terrorisme, c'est d'instaurer un régime de terreur.»
4- LE MÉGALOMANE
Depuis l'attentat à New York, le mégalo se félicite d'être politicien. Il a enfin la
possibilité de passer à l'Histoire. Il a su habillement
conserver son poste en déclarant la guerre à l'Afghanistan. Un pays qu'il connaît
bien,
puisqu'il y a déjà géré une compagnie de pétrole.
Texte et Dessins : Yanick
Desrosiers
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