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La pub et le public
La publicité fit son apparition
suite à la révolution industrielle. Lorsque Ford
inventa le travail à la chaîne, les manufactures se sont rapidement retrouvées avec un
surplus de produits et personne pour les acheter. Faut dire que la population, sans le
sou, passait sa vie à travailler à l'usine.
Ainsi, après s'être consacré au développement de l'industrie tout au long du
dix-neuvième siècle, les chefs d'entreprises cherchèrent à produire les conditions
nécessaires à la consommation. Ils augmentèrent les salaires, réduisirent les heures
de travail, mais ce ne fut pas assez. Jean Baudrillard raconte dans son volume
«La
société de consommation» : « Il fallait rapidement produire des besoins, car le
système économique en avait besoin. »
On s'appuya donc sur les travaux les plus récents des psychologues,
ceux-ci mettaient de l'avant la conception idéologique suivante : «L'idée que
vous avez de vous-même est faite de celle
que vous figurez que votre voisin à de vous.»
Bref, on comprit que le produit de consommation pouvait devenir la meilleure façon de
s'extraire de la masse. Le travailleur pouvait exhiber ses réussites et ses ambitions par
l'achat de biens de consommation. Les chefs d'entreprises se frottèrent les mains. Avec
l'invention de la publicité, ils avaient conçu une nouvelle vision du monde : «Je
possède, donc je suis. »
La pub et le
pubis
Ainsi, la publicité fit son apparition
à une époque où le pouvoir d'achat était strictement réservé aux hommes et où les
femmes étaient encore considérées comme des bêtes de somme. Il ne faut donc pas
s'étonner si la publicité a toujours eut tendance à présenter des Pin-ups et des
starlettes en petites tenues. Il faudra attendre les années 80 avant de voir l'émergence
de la publicité pour femme, outre la lessive et le parfum. Et ce n'est pas avant les
années 90 qu'on pensera au pouvoir d'achat de la communauté gaie, l'argent rose. Comme
par hasard, ce sera la naissance de l'homme-objet. La publicité inventa la version
masculine de la fille en maillot étendue sur un capot de voiture - Évolution oblige.
La pub en temps
de guerre
Faut comprendre que la relation
- femme et publicité - ne date pas d'hier. Par exemple, lors de la propagande en temps de
guerre, elles furent utilisées afin de remonter le morale des troupes. Ce fut le cas par
exemple des Pin-up américaines durant la seconde guerre mondiale et plus
anciennement encore de la légendaire Jeanne D'Arc qui paradait fièrement dans sa belle armure
rutilante.
ORIGINE DE LA PIN-UP
| «
Nos soldats ont la mine basse. Ils s'ennuient de leurs amies, de leurs épouses et de
leurs membres perdus au combat. Envoyez à mes troupes des affiches avec de filles à
poils, des filles possédant tout leurs membres...» |
| Le général
Lee |
La femme objet
Mais l'invention officielle de la véritable
femme-objet coïncide avec l'apparition des premières publicités de voiture. Il est
même reconnu que plusieurs designs de voiture, de motos et de motoneiges furent
élaborés afin de suggérer le corps féminin. J'imagine qu'il s'agissait de modèles
ingrats mais quand même, l'idée fit son chemin. La voiture devint dans l'inconscient
masculin la meilleure méthode afin d'attirer un partenaire sexuel.
Mais au cours des années 90, les publiscistes découvrirent que la femme-objet
avait mutée en femme-à-objet. C'était maintenant les femmes qui magasinaient les
voitures. Ainsi les publicités habituelles de voiture furent graduellement remplacée par des
concepts qui devaient plaire aux femmes : des notions de liberté, de sécurité,
d'écologie, de prestige et de valeurs familiales.
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«Distinguez-vous !»
Toyota Solara
«Étaler sa
richesse.»
Volvo S80
«Êtes-vous
fait pour lui ?»
Toyota Tundra
«Chérie ? Tu m'écoutes ?»
Lexus Gs300
« Elle a l'habitude
d'être courtisée. »
Oldmobile Aurora |

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Maigrir à tout prix...
Encore aujourd'hui, malgré une certaine prise de conscience, la
pub n'en demeure pas moins sexiste. Par contre, rares sont les allusions directes à la
femme-objet. Exit la nymphette en maillot. C'est l'ère de la subtilité : «Madame, vous
n'êtes plus une ménagère, ni une femme-objet, mais est-ce une raison pour ne plus vous
soucier de votre corps ?» Bref, les publicitaires inventèrent la diète et bien des
femmes se mirent à rêver d'un bikini coordonné à la couleur de leur nouvelle voiture.

Prenez cette publicité. Vous pensez que c'est loin d'être sexiste, puisqu'on vous exhorte
d'accepter vos propres défauts. Lisez bien le slogan ci-contre et lisez ensuite la
version que j'en fais ci-dessous.
Il ne faut pas lire : «Vous
accepter ses défauts, pourquoi pas les vôtres?» mais bien : «Vous acceptez
peut-être ses défauts mais ce
n'est pas une raison pour vous laisser pousser le bide ! »

Prenez également le cas des cigarettes légères, qui visent principalement le marché
féminin. Croyez-vous naïvement que le terme "Légères" est apparu par
hasard
afin de simplement désigner la cigarette à faible taux de nicotine?
Si je vous disait qu'en réalité ce terme sert à connoter le fait que la cigarette
permet de rester mince. La preuve est faite avec le terme anglais, "Slim",
qui se traduit en français par "Mince" et non par «légère». Maintenant
mesdames, fumez mince et mourrez en bikini.
Le
retour de l'agace
En 1999, les publicités
québécoises de la bière Old Milwaukee Dry exploitent une fois de plus l'image
de la poupée gonflable avec la campagne qui présente la playmate Karen McDougal et le
slogan : "Le bon goût est dans la bouteille". Il s'agissait
d'un clin d'œil au mouvement féministe, d'une tentative afin de susciter une
vague d'indignation. Une mission réussite puisque plusieurs
personnes portèrent plainte et firent parler du produit. |
 |
La campagne publicitaire se
poursuivit avec une version gay, sans
grand effet, suivit d'un pied de nez aux détracteurs avec le slogan : «Voici à
quoi ressemblerait Karen Mcdougal si elle était une vraie féministe.» Une jeune
laideronne est présentée sur l'affiche.

C'est le scandale. Les pubs sont censurées. En réaction, le concepteur se lance à
fond dans le mauvais goût et propose cette seconde affiche, où il sous-entend que
certains détracteurs sont assurément des gros cons de la campagne. Vous préférez les
publicités sans jolies femmes, se dit-il, en voici une. Le slogan : «Voici Karen
Mcdougal à poil à St-Pamphile»
 
C'est la tollé générale. Les féministes hissent la guillotine. Les agriculteurs et les
barbus septuagénaires organisent des insurrections. Hélas la Old Milwaukee Dry
est plus populaire que jamais. Et on poursuit la campagne avec une version sado-maso, un
peu moins intéressante.

Selon l'idéateur de la pub, Michel Lopez, le concept était de convaincre les gens du bon
goût de la Old Milwaukee Dry en produisant un effet de contraste par rapport à une
image de mauvais goût. Entre vous et moi, rien de mieux qu'un concepteur
publicitaire pour vous vomir une belle théorie. En réalité la réussite d'une pub de
mauvais goût demeure toujours assujettie à la réaction des groupes de pression. Et ici,
les féministes et les médias ont mordu à l'hameçon et la brasserie Stroh a vu ses
ventes augmenter de 58%.

La campagne publicitaire se termine par une série de publicités dédiées à
différentes journées fériées, la fête de la construction, mais surtout la fête
nationale du Québec vs la fête de la Reine.

Les concepteurs tentent ainsi de piquer la fibre
nationaliste des Québécois, mais la campagne publicitaire s'essouffle et tombe lentement
dans l'oublie.

Supplément
d'information
La bière Old Milwaukee n'était pas à ses premières publicités de «mauvais goût».
Au début des années 90, une première campagne sexiste avait déjà scandalisé les
américains. Des spots télévisés qui présentaient des femmes d'affaires, de gros
bonnets, les cinq minettes du prestigieux «Swedish Bikini Team».
La moral de cette histoire
Malgré les américains, les féministes et
quelques gens des régions, je serais porté à croire que la publicité sexiste ne fait
plus bondir personne. Nous avons atteint un niveau de saturation. D'ailleurs au
lieu de jouer bêtement la carte de la provocation, comme la plublicité de gauche
ci-dessous, certains publicistes misent maintenant sur des concepts plus subtils, comme la
publicité de droite.
 
Croyez-vous que le
pire dans la publicité de droite soit le fait qu'on vous présente une femme sophistiquée
en train de manipuler une énorme tétine ? En réalité nous avons surtout
affaire à une sacrée athlète. Remarquez comment cette dame parvient à traire une vache
en se tordant les reins et en se contractant les mollets, tout cela afin de demeurer les
fesses bien en évidence, suspendues dans le vide au dessus du banc. Une posture très
naturelle...


Supplément
Une animation Flash qui dénonce le sexisme dans la pub (CLIQUER)
Féministe
abstenez-vous de visitez
Le site officiel de Karen Mcdougal |