
La langue de chez nous
Québec vs
FranceCe
texte fut publié en partie dans le magazine L'Écho du village.
N°9. Juin 2000. P.57-61.
 |
 |
Cette série de courts textes disparates traite des différences
entre les Français et les Québécois, notamment au niveau de la langue parlée. |
 |
Lettre ouverte (1998)
LES VALEURS À LA BONNE PLACE

Comme il est affolant
d'assister impuissant à l'invasion de ces odieux anglicismes en pays de France, bastion
du bon parlé et de la phrase bien construite. Ces damnés anglicismes sont la phobie
des Québécois. C'est dû à une bactériophobie généralisée, une peur panique de la
contamination linguistique.

Chers amis Français, sachez
que les Québecois se foutent bien des déchets toxiques qui tapissent le fond du fleuve,
de la coupe à blanc dans la forêt boréale ou de toutes ces baleines qui se font scalper
le dessus du crâne par les Zodiacs touristiques. Le bon Québécois, le vrai, désire
avant tout sauver sa langue.

D'accord, le Québécois se permet d'user d'un français sommaire
dans la vie de
tous
les jours et ses médias proposent souvent un français douteux, mais
le Québécois devient
chatouilleux en ce qui concerne le français de ses cousins d'outre atlantique. Ces
derniers sont sensés donner le bon exemple !

Voyez-vous, au Québec on invente des lois afin de protéger le français. On crée des
commissions d'état, des débats publiques et plusieurs s'imaginent naïvement qu'une
bonne souveraineté protégerait le pays de l'invasion culturelle Américaine. Alors,
imaginez la stupéfaction lorsque le berceaux de la francophonie, un pays indépendant de
surcroît, est au prise avec l'américanisation et l'anglicisation.
Constat navrant (1992)
LA LANGUE DE MON LIERRE (un pet d'esprit)

Qui parle le
mieux entre le Français et le Québécois ? Moi je n'oserais pas me prononcer. Prenez
par exemple ces deux énoncés dites consécutivement par un Montréalais et un Parisien :
«Anyway
je vais passer la fin de semaine avec mon chum», donne
«De toute façon, je vais passer le weekend avec mon
pote.»

«L'animatrice du Point J me Turn off», donne
«La speakerine de Vendredi c'est Julie me trou le cul.»
Visiblement, nous
parlons aussi mal et nous sommes aussi mauvais quand vient le temps de pondre
un titre pour une émission de télé. Et avec la prononciation ce n'est guère mieux. Le Québécois
a de la difficulté à prononcer le son «woua», ce qui donne «L'état c'est moé
[au lieu de moi]», et le Français peine avec le son «un», ce qui donne «Du bon pain
brin [au lieu de brun]»

Et si ce n'était pas assez, les accents varient en fonction des circonstances. Il
faudrait d'ailleurs qu'un linguiste se penche sur cette question. J'aimerais bien savoir
pourquoi un Québécois perd normalement son accent lorsqu'il chante, tandis qu'un
Français qui chante amplifie normalement son accent ? - Mystère.
N.B
: Tant qu'à moi, ceux qui parlent un français international, ce sont assurément les
Africains du Nord.
Lettre aux alter-mondialistes (1998)
La mondialisation et le nationalisme

Je m'amuse lorsque je pense
à tous ceux de ma génération qui pestent contre la mondialisation de la culture
américaine et qui prédisent la disparition des autres cultures nationales. D'accord dans
le futur nous serons peut-être destinés à connaître une culture
planétaire en raison
de l'avancée des moyens de communication, mais cette culture globale sera raisonnablement
constituée au fil du temps de ce que chaque pays a de mieux à offrir. Les grands empires
ont toujours été perméables aux cultures étrangères. Pourquoi cela changerait-il ?

Je suis optimiste quant à l'avenir. Je crois qu'on fêtera la St-Patrick à
Jakarta
et le Yom Kippur à Tokyo. Ces pourquoi je ris de ces petits nationalistes, cachés
sous la jupe de la tradition, terrifiés de ne pas savoir s'adapter à l'invasion
culturelle. Ils sont franchement dans le décor lorsqu'ils pensent pouvoir
freiner le processus de mondialisation qui s'est amorcé depuis
quelques années, espérant préserver
une pureté bien illusoire. Aux partisans de
l'identité nationale, rappelez-vous que sans les invasions Turques, les Viennois
n'auraient pas leur fameux café et les Français leurs croissants.
Le Québec produit maintenant des bières qui concurrencent les stouts
Irlandaises
et les gueuses Belge. Les Californiens et les Chiliens font bonnes impression avec des
vins excellents. Les japonais produisent du sirop d'érable. Une culture est en
perpétuelle évolution.

Souhaitons à tous ces satanés racistes qu'ils connaissent le sort du pharaon
Akhenaton, consanguin et difforme.
Caricatures
grossières (2000)
IN CAUDA VENENUM (dans la
queue, le venin)

Pourquoi ne pas sombrer dans
les préjugés et la caricature grasse ? Si vous avez un temps soit peu le sens de
l'autodérision, ce texte est pour vous. Je dis tout haut ce qui se dit déjà tout bas à propos des Français
et des Québécois. Pour que nos deux pays s'apprécient mutuellement, il faut
crever l'abcès et se dire les vraies choses !

Préjugés Québécois envers le
Maudit Français
Le Français, c'est le mec
qui se plaint déjà dans l'avion, bien avant l'atterrissage : -
Le café est dégouttant
! - Le pain a un goût de chiotte ! » Le Français est un sal colonialiste
prétentieux dira le Québécois moyen qui souffre généralement d'un grave
complexe d'infériorité. D'ailleurs il se demande toujours ce qui peut bien attirer
tout
ces touristes au Québec ? Est-ce la neige, les grands espaces,
les Amérindiens
- Mais
c'est de la merde tous ça ! Vous dira-t-il excédé.

Si on poursuit dans la mauvaise caricature, le Français a la réputation de ne pas se
laver souvent, d'avoir les cheveux gras et d'empester le parfum. Il est enclin à la
confrontation et tient toujours à avoir raison. La Française, quant à elle, ne sait pas
boire et est toujours prête à participer à une petite orgie. Un détail odieux, elle ne
se rase jamais le poil des aisselles.

Le Français possède toujours une petite tendance monarchiste car il regrette amèrement la splendeur
d'antan, du temps où la France était le centre du monde. C'est pourquoi
il déteste et
vénère les Américains, les nouveaux maîtres du monde.

Préjugés Français envers le
Quèbe

Le québécois, c'est le
gros con venu du nord qui ne sait pas quoi faire devant un bidet, sinon de s'incliner pour y
boire. C'est le mec qui empeste le parfum médiocre, qui parle fort, parle mal et qui au
restaurant bouffe le bouchon de liège qu'on lui présente. Bref, c'est un être
primitif, sauvage et sans manière, qui est prêt à tout pour un peu de considération.

Si on poursuit dans la mauvaise caricature, le québécois est un être naïf, voir niais,
ne possédant pas le moindre soupçon de culture. La preuve, il doit emprunter à la
littérature Française ses titres de noblesse s'il a l'intention de produire une comédie
musicale, la quintessence de son art.

La québécoise, quant à elle, est affublée de hanches colossales, de seins
lourds et d'une silhouette déplaisante, reliquat de ses 76 accouchements. Le Québécois
est un être sans finesse, la québécoise est une mère porteuse.

Réflexions 1 (1998)
LE QUÉBEC ET LA TÉLÉVISION

Au
Québec, la télévision est l'unique porte-étendard de la culture. C'est peut-être normal,
le Québec est le berceau de la télévision et de la radio. C'est au Québec qu'on
diffusa les premières émissions radiophoniques et télévisées. La grande époque de la
transmission en direct (Live). Et le direct a
fortement marqué le Québec car il n'y a pas un artiste, ni un
politicien, qui peut se prétendre
dans le métier, s'il n'a pas touché à une
émission en
direct. C'est une règle
d'or. D'ailleurs au Québec, le «lip-sync» est une aberration.

Le
Québec c'est le royaume de la performance, de l'improvisation et de
l'erreur impromptue qui casse la routine et humanise les artistes. Si le chanteur fausse,
si le comédien bafouille, on veux l'entendre.

En France, l'artiste n'a pas cette possibilité à l'erreur. L'erreur est bien souvent
impardonnable, injustifiable. Chose normal, puisqu'en France il y a quelques chose qui
n'existe pas au Québec : une grande tradition. En France, un écrivain qui s'attaque à
son premier roman doit rivaliser contre un Flaubert, un Proust ou un Hugo. La barre est
haute. - Tu es médiocre ? Casses-toi, tu nous fais honte !

Ainsi la France attire bien souvent l'élite artistique. Voyez ces acteurs
américains, fiers de dire qu'ils sont passés à Cannes, cet écrivain Québécois qui
s'enorgueillit de son apparition au salon du livre de Paris. En art, la France est le pays
qui décerne les sceaux de qualité.
Réflexion 2 (1999)
LE QUÉBEC
ET INTERNET

Malgré que le Québécois
parle français, ils n'en demeure pas moins un Américain dans l'âme. Prenez par exemple
la façon de concevoir Internet. Au Québec Internet est principalement un outil
commercial. Autrement dit, l'internaute est avant tout considéré comme un consommateur
potentiel. Les grands débats entourant les nouvelles technologies se concentrent
principalement sur la recherche de moyen de rendre la toile plus rentable :
la protection des échanges commerciaux, la simplification de l'interface graphique, la création de
nouvelles technologies intranet, la recherche de nouveaux supports monétaires
électroniques, l'optimisation de la cyber-publicité et autres projets mercantiles.

Par contre en France, Internet est considéré avant tout comme un support à la
communication, un espace publique regroupant une communauté internationale permettant
d'échanger des idées, de répartir l'intelligence. Ainsi, on se concentre sur des
problématiques plus abstraites : la recherche d'une législation spécifique à la toile,
les droits d'auteurs, la création de babillards spécialisés, l'auto-diffusion et
l'hébergement gratuit.

Ainsi, Le modèle Internet Québécois est principalement constitué de
promoteurs et de compagnies. Le modèle Français regroupe plutôt des sociétés, des groupes
d'intérêts et des cyber-citoyens.
(
YD )
|