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TALK HAÏKU
POUR BIEN PARLER AU BUREAU
 



Mysterious Yanick D
CYBERCARNET
Vol3 - No2 - février 1999

MONDES DES AFFAIRES

C E S   S A T A N É E S   E X P R E S S I O N S   À   L A   M O D E

 


Vous désirez impressionner vos collègues de bureau. Vous tentez de vous forger une réputation d'expert-économiste ou de crack de l'informatique. Si c'est le cas, un petit conseil, sachez qu'il est essentiel de glisser certains mots-clefs dans vos discussions.

 




TALK HAÏKU AU BUREAU


S'il existe encore quelques poètes en ce bas monde, ils ne se terrent plus dans les bars à boire de l'absinthe, ils sont plutôt dans les agences de communication et les boîtes de relations publiques à pondre les prochains euphémismes à la mode, des termes qui serviront à définir les nouvelles réalités socio-économiques. Ce sont des formules simples et évocatrices comme « gay bashing, argent rose, rage au volant, exode des cerveaux, sans-papier et génération X. » 

Cette petite poésie politiquement correcte est grandement appréciée dans les médias et dans le monde de la finance, où tout est question d'étiquettes et de généralisations. Glisser un terme à la mode dans une conversation donne l'impression d'être cultivé, ou plutôt informé.

Voici des exemples fort usités : « Gauche caviar, commerce équitable, minorité visible, expérience interactive, victime collatérale, capacité de résilience, pays défavorisé, économie solidaire, surcharge pondérale, frappe chirurgicale, décision proactive, convergence des médias, produit vintage, développement durable, gestion lucide, table de concertation, accommodement raisonnable, employabilité, site de seconde génération, flux, buzz, hedging, booking, B2B, B2C, B2G, G2C, B2E, P2P et M-Business. »


« La perversion de la cité commence par la fraude des mots. » 

Platon, La République.




LES MOTS QUI SONNENT 

Si vous avez l'intention de paraître plus professionnel, il semble impératif de connaître cette nouvelle terminologie pour précieuses ridicules. Par exemple, chez les webmestres, le dernier mot à la mode c'est « portail ».

À la base, nous pouvions définir le « portail » comme étant un site destiné à regrouper diverses adresses Internet classées par catégories, comme c'est le cas des sites Yahoo et Francité, mais dorénavant le mot « portail » possède un sens beaucoup plus large. Dans la bouche des gens d'affaires, le « portail » désigne un site Internet à la fine pointe de la technologie, peu importe la forme dont cette technologie se manifestera. 

Désormais, les clients exigent un « portail ». Traduction : ils ne veulent pas de simples visiteurs, ils désirent l'achalandage des soldes du 26 décembre. Ils ne désirent pas une simple vitrine sur Internet, ils veulent l'enseigne lumineuse et les doubles portes à l'entrée. Ils veulent un sapristi de « portail ».

Il existe désormais une nuance entre le webmestre qui conçoit un site Internet et le professionnel qui érige un portail. Concrètement, ils font la même chose, mais le second est beaucoup plus compétent.




ÊTRE .COM LES AUTRES

L'adresse Internet est également une forme de poésie moderne. En plus de votre nom de domaine, vous avez le choix parmi une ribambelle de suffixes spécialisés. Le choix de ce suffixe est censé se faire en fonction de la nature de votre site.

— Pour une compagnie, c'est le .com.
— Pour un organisme à but nom lucratif, on choisira le .org.

Pourtant, la majorité des sites Internet sont des .com. Tout le monde possède un .com. Ce n'est plus le diminutif du mot « commercial », c'est celui du mot « commun ».

Le .com possède un pouvoir. Il permet à une page personnelle, sise à une adresse électronique quelconque, de se transformer en véritable site professionnel. Ce n'est pas le cas du pauvre .qc.ca. ou du triste .net, juste bon à figurer sur une carte d'affaires.




CYBERSNOBISME 2.O

(Texte ajouté quatre mois plus tard)

Les P.M.E. souffrent de cybersnobisme. Pour prétendre à un certain prestige, plusieurs compagnies investissent des sommes colossales dans la technologie. Il n’est pas rare de tomber sur une petite boite où les employés sont complètement inopérants, mais où on se vante de posséder le serveur dernier cri.

Cybersnobisme : Humeur de décembre 1998

Si nos cybersnobs rêvaient hier d'un portail, ils désirent maintenant un réseau intranet. Une compagnie florissante se doit de posséder son propre réseau intranet, me disent-ils tous. 

Et au lieu de contacter une compagnie spécialisée dans la création de réseaux locaux, nos cybersnobs optent plutôt pour l'achat de leur propre serveur et ne jure que par l'exploitation d'une malheureuse secrétaire afin de maintenir la machine opérationnelle.

— La gaffe.

Je rencontrais dernièrement le patron d'une compagnie de placement qui voulait un fichu « portail ». Ce chef d'entreprise était fier comme un paon de me présenter son dernier investissement, son propre réseau intranet. Le réseau en question était constitué de six postes de travail d'une puissance monstrueuse, mais servant simplement à des fins bureautiques, d'un serveur Microsoft mal configuré et d'un coupe-feu ( firewall ) pas configuré du tout. Aucune sécurité, aucun spécialiste, aucune maintenance, aucun mot de passe. Le serveur était une vraie passoire.

Pourquoi ce patron optait-il pour un serveur personnel? Il me répondit qu'il n'était pas question qu'il soit hébergé par une compagnie indépendante et que les informations personnelles de ses clients soient stockées ailleurs que dans son bureau. C'est vrai, une fois la porte verrouillée, son serveur était inviolable!


Yanick D.  février 1999

 




VOS RÉACTIONS



« Je travaille pour une compagnie qui a le même profil. Mon patron ne voulait pas fournir les informations confidentielles à la firme chargée de monter notre intranet. Il a préféré investir sur un serveur Internet propre à la compagnie. Je vous dis ça, parce qu'on a été piraté la semaine passée. C'est un gars du bureau qui se chargeait de la sécurité. »

M. Roussel

— Normalement, il est préférable d'engager deux employés : un bon gestionnaire de réseau et un spécialiste en sécurité informatique.



« Merci, l'ami pour ce "portail" de rêve. Continue ton travail c'est passionnant ;) »

Zok



« Un autre mot que j'entends trop souvent au bureau : non! Est-ce du cyber-snobisme, de la poésie, un haïku? »

France :-)

— C'est de la divergence. ;)




Y.D

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