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C E S S A T A N É E S E X P R E S S I O N S
À L A M O D E
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Vous désirez
impressionner vos collègues de bureau. Vous tentez de vous forger une réputation
d'expert-économiste
ou de crack de l'informatique. Si c'est le cas, un petit conseil, sachez qu'il est
essentiel de glisser certains mots-clefs dans vos discussions.
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TALK HAÏKU AU
BUREAU
S'il existe encore quelques poètes en ce bas monde, ils ne se terrent plus dans les bars à boire de
l'absinthe, ils sont plutôt dans les agences de communication et les
boîtes de relations publiques à pondre les prochains euphémismes à la
mode, des
termes qui serviront à définir les nouvelles réalités
socio-économiques. Ce sont des formules simples et évocatrices comme « gay bashing, argent rose,
rage au volant, exode des cerveaux, sans-papier et génération X. »

Cette
petite poésie politiquement correcte est grandement appréciée dans
les médias et dans le monde de la finance, où tout est question
d'étiquettes et de généralisations. Glisser un terme à la mode dans une conversation donne l'impression d'être
cultivé, ou plutôt informé.

Voici des
exemples fort usités : « Gauche caviar, commerce équitable,
minorité visible, expérience interactive, victime collatérale,
capacité de résilience, pays défavorisé, économie solidaire, surcharge
pondérale, frappe chirurgicale, décision proactive, convergence des
médias, produit vintage, développement durable, gestion lucide,
table de concertation, accommodement raisonnable, employabilité, site
de seconde génération, flux, buzz, hedging, booking, B2B, B2C, B2G,
G2C, B2E, P2P et M-Business. »
« La perversion de la cité
commence par la fraude des mots. »

Platon, La République.
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LES
MOTS QUI SONNENT |
Si vous avez l'intention de paraître
plus professionnel, il
semble impératif de connaître cette nouvelle terminologie pour
précieuses ridicules. Par exemple, chez les webmestres, le dernier mot à la
mode c'est « portail ».

À la base, nous pouvions définir le « portail » comme
étant un site destiné à
regrouper diverses adresses Internet classées par catégories, comme c'est le cas des
sites Yahoo
et Francité, mais dorénavant le mot « portail » possède
un sens beaucoup plus
large. Dans la bouche des gens d'affaires, le « portail » désigne un site
Internet à la fine pointe de la technologie, peu importe la forme
dont cette technologie se manifestera.
Désormais, les clients exigent un «
portail ». Traduction : ils ne veulent pas de simples visiteurs, ils
désirent l'achalandage des soldes du 26 décembre. Ils ne désirent
pas une simple vitrine sur Internet, ils veulent l'enseigne lumineuse
et les doubles portes à l'entrée. Ils veulent un sapristi de «
portail ».

Il existe désormais une nuance entre le webmestre qui conçoit un site
Internet et
le professionnel qui érige un portail. Concrètement, ils font la
même chose, mais le second est beaucoup plus compétent.
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ÊTRE .COM LES AUTRES |
L'adresse Internet est également une forme de
poésie moderne. En plus de votre nom de domaine, vous avez le choix parmi une ribambelle de suffixes
spécialisés. Le choix de ce suffixe est censé se faire en fonction de
la nature de votre site.

— Pour une compagnie, c'est le .com.
— Pour un organisme à but nom lucratif, on choisira le .org.

Pourtant, la majorité des sites Internet sont des .com. Tout le monde possède un .com. Ce
n'est plus le diminutif
du mot « commercial », c'est celui du mot « commun ».

Le .com
possède un pouvoir. Il permet à une page personnelle, sise à une adresse électronique quelconque,
de se transformer en véritable site professionnel. Ce n'est
pas le cas du pauvre .qc.ca. ou du triste .net, juste bon à figurer
sur une carte d'affaires.
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CYBERSNOBISME 2.O
(Texte ajouté quatre mois plus tard) |

Les P.M.E. souffrent
de cybersnobisme. Pour prétendre à un
certain prestige, plusieurs compagnies investissent des sommes colossales dans la technologie.
Il nest pas rare de tomber sur une petite boite où
les employés sont complètement inopérants, mais où on se vante de posséder
le serveur dernier cri.
Cybersnobisme
: Humeur
de décembre 1998
Si nos cybersnobs
rêvaient hier d'un portail, ils désirent maintenant un réseau intranet.
Une compagnie florissante se doit de posséder son propre
réseau intranet, me disent-ils tous.

Et au lieu de contacter une compagnie spécialisée dans la création de
réseaux locaux, nos cybersnobs optent plutôt pour l'achat de leur
propre serveur et ne jure que par l'exploitation d'une malheureuse secrétaire afin de maintenir la
machine opérationnelle.

— La gaffe.

Je
rencontrais dernièrement le patron d'une compagnie
de placement qui voulait un
fichu « portail ». Ce chef d'entreprise était fier comme un paon de me présenter son dernier
investissement, son propre réseau intranet. Le réseau en question était constitué
de six postes de travail d'une puissance monstrueuse, mais servant
simplement à des fins bureautiques, d'un serveur Microsoft mal
configuré et d'un coupe-feu ( firewall ) pas configuré du tout.
Aucune sécurité, aucun
spécialiste, aucune maintenance, aucun mot de passe. Le serveur était une vraie
passoire.

Pourquoi ce patron
optait-il pour un serveur personnel? Il me répondit qu'il
n'était pas question qu'il soit hébergé par une compagnie indépendante et que les
informations personnelles de ses clients soient stockées ailleurs que dans son bureau.
C'est vrai, une fois la porte verrouillée, son serveur
était inviolable!
Yanick D. février 1999
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VOS
RÉACTIONS |
« Je travaille pour une
compagnie qui a le même profil. Mon patron ne voulait pas fournir les informations
confidentielles à la firme chargée de monter notre intranet. Il a préféré investir sur
un serveur Internet propre à la compagnie. Je vous dis ça, parce qu'on a été piraté
la semaine passée. C'est un gars du bureau qui se chargeait de la sécurité. »
M. Roussel
—
Normalement, il est préférable d'engager deux employés : un bon gestionnaire de réseau et un
spécialiste en sécurité informatique.
« Merci, l'ami pour ce
"portail" de rêve. Continue ton travail c'est passionnant ;) »
Zok
« Un autre mot que j'entends trop souvent au bureau : non! Est-ce du
cyber-snobisme, de la poésie, un haïku? »
France :-)
—
C'est de
la divergence. ;)
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