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O Ù S E T E R R E N T L E S I N T E
L L E C T U E L S ?

( TEXTE D'HUMEUR
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Une question m'est venue
alors que l'émission « Star Académie » sévissait à la
télévision. Je me suis demandé où pouvaient bien se cacher les génies de
notre époque. Chose certaine, ils ne faisaient pas partie de mon
environnement immédiat. |
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LE GÉNIE POPULAIRE |
Je divague
peut-être, mais j'ai l'impression que les génies se font rares de nos jours? Où se cachent-ils? Sont-ils ignorés des médias
ou tenus au silence? Sont-ils emprisonnés,
internés dans une asile d'aliénés ou simplement sous financés?
Est-ce une espèce en voie de disparition?

Chose certaine, notre
époque se nourrit avant tout des sous-produits de la célébrité : les vedettes du divertissement,
celles du sport, du design, de la gastronomie, de la porno et de la mode,
et les produits
dérivés, les marques de commerce et leurs images, et leurs messages,
et leurs marchandises, et leurs potins. Voilà qui résume bien l'ensemble de
la culture. Dans ce décor en carton-pâte, les génies sont relégués à l'ombre des
projecteurs et font de la figuration.

Le système économique ne favorise
pas l'émergence du génie. D'abord, les marchés mondiaux sont d'un naturel allergique à
l'imprévu, préférant nettement l'innovation bien planifiée propre
à une
intelligence docile. C'est pour cette raison que de tout
temps, les génies qui se sont acharnés à réussir, malgré la
pression sociale, furent voués à une fin tragique : le suicide, la
captivité, l'exécution, la critique assassine, l'opprobre
populaire, le détournement de leur réflexion et la cruelle surmédiatisation.
Bref, si Dieu est mort
avec Nietzsche, les Génies n'ont pas tardé à suivre.

D'ailleurs, Nietzsche écrivit
:
« Dès maintenant, on a honte du repos
et la longue méditation provoque presque des remords. On ne pense
plus autrement que montre en main, comme on déjeune, le regard fixé
sur les bulletins de la Bourse; on vit comme quelqu’un qui sans
cesse pourrait rater quelque chose. Il faut faire n’importe
quoi plutôt que rien, ce principe aussi est une corde propre à étrangler
toute culture et tout goût supérieurs. Car la vie vouée à
la chasse du gain contraint sans cesse à dépenser son esprit
jusqu’à épuisement alors que l’on est constamment préoccupé
de dissimuler, de ruser ou de prendre l’avantage. La véritable
vertu, à présent, c’est d’exécuter quelque chose en moins de
temps que le ferait un autre. »
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LE MYTHE DU GÉNIE SELON BARTHE |
« Le génie. Les
classiques avaient décrété que c'était une affaire de patience.
Aujourd'hui le génie c'est de gagner du temps, c'est de faire à huit
ans ce qu'on fait normalement à vingt-cinq ans (...) Il s'agit
d'aller un peu plus vite que tout le monde. L'enfance deviendra donc
le lieu privilégié du génie. À l'époque de Pascal, on
considérait l'enfance comme un temps perdu; le problème était d'en
sortir au plus vite (...) la notion toute bourgeoise d'enfant
prodige (Mozart, Rimbaud, Roberto Benzi) ; objet admirable dans la
mesure où il accomplit la fonction idéale de toute activité
capitaliste : Gagner du temps. »
Un
extrait tiré de « Mythologie » de Roland Barthe, p.156.157.
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LES DEUX FORMES DE GÉNIE |
Les pédopsychiatres
reconnaissent deux types d'enfant intellectuellement précoce : les
surdoués et les génies créatifs; des enfants qu'on maîtrise ordinairement à
l'aide d'une savante médication, le Ritalin® durant la
jeunesse et les antidépresseurs à l'âge adulte.
Les surdoués
Ils possèdent
une mémoire,
une concentration et
une compréhension
au-dessus de la
moyenne. Ils sont reconnus pour être studieux, rationnels et
disciplinés.

Les génies
créatifs
Ils
possèdent une capacité d'abstraction et de synthèse supérieure. Ils sont aussi plus
contestataires. Ils remettent tout en question.
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ÊTES-VOUS UN GÉNIE? |
C'est généralement
la description que présentent les pédopsychiatres à propos des enfants précoces intellectuellement :
«
Une précocité du
langage, de multiples centres d’intérêt, des passions, goût pour l’astronomie,
l’histoire, l’origine du monde,
les questions philosophiques. Leur curiosité est telle qu’elle
surpasse les critères de leur âge, et franchit les barrières du
temps et de l’espace.

Vif-argent, il reprend ses parents, les corrige et leur coupe la parole
sans cesse. Il se montre pertinent et impertinent, logique et
maladroit. Il ne supporte ni l’attente, ni les tâches répétitives de
l’apprentissage. Impatient, il a horreur des répétitions et des
redites. Il refuse les règles et manque cruellement de souplesse avec
les autres, dont il pointe les lenteurs sans indulgence.

Surprenant, brillant, déroutant, plein d’humour, passionné, il
suit son idée, il aime les jeux compliqués, mais il les délaisse dès
qu’il pense les avoir épuisés. Compétitif, il est
volontiers mauvais joueur et il craint l’inactivité par-dessus tout. Il
lui faut du grain à moudre! »
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LE GÉNIE INDUSTRIEL |
Le génie est une arme
dangereuse, disent certains philosophes, il est à l'origine de bien des
révolutions. C'est pourquoi, afin de garantir la stabilité de
l'État, la puissance créatrice
est réservée aux entrepreneurs, politiciens et industriels, qui ont la
possibilité de
planifier et de
réaliser quelques idées
ingénieuses. Si ces innovations sont
lucratives, elles
seront exploitées à outrance, et ce, sans se questionner
davantage sur
leurs répercussions éventuelles. Dans le cas contraire, si
l'idée n'est pas profitable et qu'elle remet trop de choses en question, elle sera tout
bonnement
mise de côté. De nos jours, une bonne idée se résume à être un
bon produit.
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LE GÉNIE MILITAIRE |

J'ai lu à maintes reprises dans
des magazines économiques
que le futur ferait place aux gens créatifs, aux employés possédant
une imagination débridée :
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« Avec la venue des nouvelles technologies, nous verrons la formation
de nouvelles fonctions: Leader de la culture d'équipe, directeur de l'imagination, chef
des humeurs, créatologiste, évocateur en chef, directeur du capital intellectuel,
ingénieur social... »
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Magazine COMMERCE. Déc 1999. p.31
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Cette idée
« d'ingénieur social » me fait peur. C'est un concept qui dénote bien l'esprit qui
règne dans les milieux corporatifs, celui du génie militaire, où seuls les
tacticiens et les décideurs ont le bon rôle. Une mentalité qui ne date pas d'hier.
Elle est la base de tout empire :
-
Éliminer du système les génies
créatifs et les libres penseurs.
-
Favoriser
l'inculture, la paresse intellectuelle et l'indifférence.
-
Promouvoir le génie stratégique
et la science appliquée.
-
Exploiter les bonnes idées des
cultures conquises.
Dans l'Empire
romain, outre la culture de
l'invasion, on ne s'intéressait guère à la création
artistique et à la philosophie, l'essentiel était de maintenir l'empire. En cas de besoin, les
Romains s'appropriaient
les artistes et les intellectuels des pays conquis. Aujourd'hui, l'esprit militaire
sert aux petites guérillas que se
livrent les entreprises.
Nous sommes
censés croire qu'une
économie florissante est la solution à tous les maux,
mais dans cette folie il n'est nullement question de
réfléchir sur la condition humaine, d'améliorer notre sort à tous.
C'est connu; une culture axée vers la
conquête du dehors, perd progressivement le contact avec son intériorité.
Yanick
D. 1999

VOS
RÉACTIONS

Lulu de
Ronse : «
Que faites-vous d'un génie comme Stephen
Hawkins? »
M.Y.D
: C'est un métaphysicien, l'un des rares scientifiques
célèbres de notre époque.
Il a déjà
émis l'hypothèse dans « A
brief history of time » que lors du futur Big
Crunch (à ne pas confondre avec le Big Bang), on se mettrait tous à marcher
à reculons. (Rétroaction du temps psychologique).
Annie. R. Mannie:
« Je n'aime pas quand tu ris des
paralysés et les enfants surdoués.
Sinon le reste est super. Bonne journée. »
M.Y.D :
Chère Annie R. Mannie, je ne ris
pas des enfants, ni des « paralysés », comme tu les
appelles. Pour bien te mâcher la substance
contenue dans ce texte : j'affirme que la société privilégie les
génies, les génies dans ton genre.

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