Mon rythme cardiaque




Mysterious Yanick D

Vol3 - No3 - mars 1999

SPÉCIAL CENSURE


LES
7 PÉCHÉS CAPITAUX
DU WEBMESTRE

Comment produire un mauvais site commercial




Lorsqu'il est question de créer un site personnel, comme le mien, un webmestre peut bien faire ce qu'il désire. Par contre, lorsqu'il s'agit d'un site commercial, il vaut mieux ne pas pécher.

Ce texte fut publié dans le magazine L'écho du village. No5, février 2000.

 


LAPARESSE

C'est le webmestre qui ne se questionne pas trop avant de démarrer la création d'un site commercial. Au diable l'analyse, le regroupement des concepts et la hiérarchisation de l'information. Il commence sa besogne sans trop s'attarder sur ces détails.

Le paresseux travaille de façon aléatoire. Au diable les esquisses, les recherches et la logique de navigation. Le paresseux travaille de façon intuitive, il lui arrive d'oublier des descriptions qui apparaissent au survol des illustrations : « pict.gif (23 ko) ».

Après un certain temps, son site possède plusieurs liens morts qui ne mènent nulle part, car le webmestre paresseux se fout des mises à jour. Une fois son boulot terminé, il l'oublie.



L'AVARICE

Habituellement, l'avarice est propre aux clients. Plusieurs désirent un site Internet, mais sont pas prêts à payer le prix. Ceux-ci cherchent surtout à imprimer une adresse Internet sur leur carte de visite.

Ces clients avares demandent ordinairement à la secrétaire de pondre un site « fonctionnel » à l'aide d'un traitement de texte. Évidemment, le résultat est épouvantable.

Généralement, ce genre de site est constitué d'une seule page. On vous y présentera le logo de la compagnie, suivi d'une adresse postale et d'une photo des employés. Il peut arriver qu'on y intègre également un forum de discussion opérationnel, mais inutilisé, afin de valider l'existence du site.

> Un type qui n'a pas assez investie


Les webmestres avares, quant à eux, se font rares vu le prix exorbitant des logiciels de graphisme. Pourtant, ils existent et ils encodent en NotePad. C'est grâce à ce type de programmeur, pur et dur, que nous avons encore des sites monstrueux sur la Toile : une couleur de base, une seule colonne de texte et des illustrations provenant de la banque d'images de MS Office.

Ce type de webmestre n'a pas envie de se casser la tête et de réaliser des mises en page trop complexes. Le pire, ces webmestres ressentent une certaine fierté à programmer à l'aide de NotePad, au lieu d'utiliser un logiciel comme Frontpage ou Dreamweaver qui lui permettrait de construire ses pages à l'aide d'un environnement visuel. Non, ils se vantent même de travailler uniquement en code!



LAGOURMANDISE

Le webmestre trop gourmand ne se soucie guère de la grosseur de ses fichiers. Le gourmand adore les fichiers musicaux. Quoi de plus agréable que de naviguer sereinement sur Internet en silence et de tomber sur un site qui vous fait sursauter avec un petit air de Maria Carrey en version midi? Avis aux webmestres, c'est un collapsus garanti!



L'
ORGUEIL

Le webmestre orgueilleux créé des sites commerciaux qui contiennent une surcharge d'information. Par exemple, c'est le cas de la compagnie de pneus qui vous présente, en plus de la description des produits et des informations concernant les multiples filiales; l'historique du pneu, le rapport socio-économique de l'industrie du pneu, une carte touristique des plus beaux dépôts de pneus à ciel ouvert et la biographie des frères Michelin.

Bref, des pages et des pages de rédactions insignifiantes, présentées bien souvent de façon chaotique. Quand on sait que la moyenne du temps passé sur un site Internet équivaut à moins de quatre minutes.

> Un magazine qui offre trop d'information.



LALUXURE

Les webmestres lubriques abondent sur la Toile. Puisqu'il n'y a aucune règle qui régit l'accès à Internet, ils conçoivent des sites pornos et ne protègent pas suffisamment l'accès aux jeunes internautes. 



LACOLÈRE

Qui sont les webmestres qui nous font rager? Ceux qui, au nom de la promotion, se font un plaisir de vous imposer de l'information à l'aide de divers subterfuges de programmation.

C'est le cas des sites possédant des fenêtres « Pop-up ». À la sortie d'un site, lorsque vous êtes soudainement attaqué par une multitude de fenêtres qui s'ouvrent sans requête de votre part. Vous tentez de fermer ces satanées fenêtres et hop! De nouvelles fenêtres font leur apparition.

Il existe des webmestres pires encore, ceux qui emploient « Active X » à mauvais escient. À la fermeture d'un site, par exemple, ils peuvent remplacer diverses icônes sur votre bureau par le logotype de leur choix, changer votre fond d'écran et modifier votre barre de tâche. Ces modifications disparaissent normalement au redémarrage de votre ordinateur, mais le néophyte a l'impression d'être infecté par un virus.

— Visitez-nous, on contaminera votre machine! 

Quand la technique publicitaire dévoile le manque d'éthique des dirigeants d'une compagnie. Dans le genre « promotion ratée », c'est pratiquement aussi nul que de se faire blanchir la peau et de se faire remodeler le nez.



L'ENVIE

Le webmestre ambitieux désire un site visité. Pour ce faire, il existe plusieurs techniques, mais encore là, c'est souvent aux dépens du visiteur.

La page de redirection

C'est une page contenant uniquement des mots clefs afin de s'assurer une meilleure indexation dans les moteurs de recherche. Cette page possède une petite programmation qui vous redirige instantanément vers la page d'accueil ou vers un site que vous n'auriez pas nécessairement visité.

Par exemple, vous effectuez une recherche afin de dénicher de l'huile de bain. Vous tapez « huile bain » dans un moteur de recherche. Vous cliquez ensuite sur le premier lien qu'on vous propose;  une page contenant uniquement un paragraphe de texte : « bain, bite, boule, huile, huître, orgasme, oral... » Aussitôt, cette page bourrée de mots-clefs disparaît et vous tombez sur un site pornographique!


Les jeux de mots


Une autre technique afin d'optimiser le référencement : les titres qui débutent par une série de « A », afin d'être en tête de liste des liens présentés par les moteurs de recherche.

Il y a également les mots ton sur ton, un texte noir sur fond noir camouflé en fin de page. Enfin, il y a la répétition de mots. Par exemple, la compagnie de pneus qui amorce son site avec un texte du genre : « Chez Pneudor, on vend des pneus. De beaux pneus neufs ou des pneus usagés. Des pneus d'hivers. Des pneus d'été. Des pneus de qualité! » Si vous tapez le mot « pneu » dans un moteur de recherche, vous êtes certain de tomber sur ce site.


Le Multicadrage

Le multicadrage est sûrement la pire technique. Il s'agit d'accroître le nombre de pages d'un site en employant des pages de cadres. Bref, plus il y a de pages à indexer, plus il y a de liens suggérés dans les moteurs de recherche pour un même site. 

Le principe de la page de cadres mérite une explication : c'est une page HTML qui spécifie des sections d'écran, nommées cadre, qui servent à accueillir d'autres pages HTML, nommées pages secondaires.

Par exemple, M.Y.D. a déjà été constituée d'une page comportant deux
cadres. (Voir l'illustration ci-dessous.) Ces cadres permettaient d'afficher deux autres pages à l'écran : une page correspondant à la chronique demandée et une page contenant les menus en bas d'écran. Vous aviez donc une page composée de deux pages, ce qui totalise trois pages.


Page de cadres


Normalement, un site utilise une seule page de cadre qui sert à accueillir les autres pages du site Internet. Dans l'exemple ci-dessus, chaque fois que vous cliquiez sur un lien en bas de l'écran, la page demandée s'affichait dans le cadre du haut, mais avec le principe du multicadrage, lorsque vous cliquez sur un lien, une toute nouvelle page de cadres remplace la première. Les cadres ne sont pas employés. Ils ne servent qu'à multiplier bêtement le nombre de pages.



TOP8PÉCHÉS

8 raisons qui font que les sites commerciaux sont si médiocres!

1 L'absence d'audace des regroupements professionnels
(fonctionnaires, notaires, avocats, médecins, etc.)
2 Le manque de notion de design de la plupart des étudiants en programmation.
3 Le manque de notion de programmation de la plupart des étudiants en design.
4 Le manque de notion de votre secrétaire.
5 Les webmestres qui désirent absolument prouver qu'ils sont à la fine pointe de la technologie.
6 Les compagnies de création qui produisent des sites en série en employant toujours la même formule. (clef en main)
7 L'arrogance et la suffisance des directeurs artistiques.
8 Le manque de norme et de consultation des différents fureteurs.


Yanick D.  mars 99





VOS RÉACTIONS


« Allô MYD. J'ai déjà lu la première version du texte dans l'écho. Je préfère cette dernière mouture. C'est plus concis. J'ai une suggestion. Tu devrais envoyer ton texte aux écoles qui forment des WebMasters ! »

M. Dulac


« Après avoir lu ton texte, je me sens comme une merde qui perds son temps à essayer de se développer en tant que webmestre. Avant de lire ça, je pensais avoir peut-être une opportunité dans le métier, mais je me rencontre qui va falloir que je me surpasse pour produire quelque chose de potable. »

Bruno Tremblay


« Je crois qu'un webmestre peut, s'il le désire, programmer en bloc-notes, sans pour autant pécher par orgueil. Tout est question d'habitude. Je préfère jouer sur les codes HTML et Javascripts par simple soucis d'indépendance et, malgré que j'utilise parfois des logiciels de conception, je ne m'y sens pas toujours à l'aise! Ce n'est pas par orgueil, peut-être par souci d'indépendance ou de liberté! C'est vrai que je produis des sites très spécialisés et que je ne cherche pas nécessairement une grande visibilité, mais plutôt une certaine efficacité. »

Louise Roy


«Bonjour, Je suis designer graphique. un technicien graphique, puisque je n'ai pas la possibilité de donner mon opinion dans la compagnie où je travaille. Je partage ton avis à propos des sites de seconde génération. La "seconde génération" était un terme employé afin de qualifier les sites qui exploitent des bases de données et permettaient des transactions commerciales. Il s'agit de sites qui usent d'une programmation autre que le HTML et le Javascript. Maintenant, ce terme est utilisé hors contexte. Mon directeur artistique, un incompétent, qualifie nos travaux de "première génération", quand il n'a rien à dire de concret à dire et qu'il désire se plaindre. Continue ton bon travail pour le magazine. P.S :  Ne  pas le nom de la compagnie où je travaille!»

Jacques Keller de Montréal


Yanick D. : J'ai visité le site Web de la compagnie pour qui tu travailles. Dans la section « L'équipe », j'ai vu la tronche de ton directeur artistique. Son faciès fait très « première génération »... Bon courage!




Y.D

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