
REVUEduSOMMET
LA RUMEURCHRONIQUE D'UN WEBMESTRE
MARS : UN MOIS
AVANT LA GUERRE

Dès le mois de mars, les médias
exploitent abondamment le Sommet des Amériques. Ils décrivent en long et en large les
futures opérations policières. L'objectif est de dissuader la population à
manifester
mais cette propagande incitera plutôt les manifestants à s'organiser autrement, afin de
riposter avec plus d'efficacité. C'est du moins se que racontent les autorités afin de
justifier la construction d'un mur de sécurité qui ceinturera la ville.

LE MUR AUTOUR DE QUÉBEC
À la fin du mois de mars, c'est le
branle bas de combat. On érige une clôture métallique afin de délimiter le périmètre de sécurité. En prévision d'une éventuelle émeute, on
songe également à éliminer tous les éléments du décor qui pourraient servir de
projectiles. Des ouvriers municipaux s'attaquent aussitôt aux rues cerclant le
Vieux-Québec, éliminant les pavés, les pierres et les merdes de chien. On retire aussi
les boîtes postales, dans l'éventualité qu'un manifestant ait l'idée d'y poster une
bombe ou pire, d'y élire domicile.
Pour achever les prépartatifs, on vide la prison d'Orsainville en prévision des futures
arrestations. Les bagnards sont transférés vers d'autres
pénitenciers où on n'offre
pas nécessairement les jeux vidéos.
18 AVRIL : LE PRÉAMBULE


C'est la procession aux rameaux, José Bové arrive en ville. Les médias, qui n'ont toujours rien à se
mettre sous la dent, se précipitent sur le contestataire. Ce dernier promet qu'il ne
s'attaquera pas aux Mc-Do de la région. Notons qu'il lui serait malaisé de
pester contre l'américanisation depuis qu'il est en Amérique.
Vers 15 heures, c'est le début des
premières arrestations. À la douane, les autorités Canadiennes appréhendent quiconque
ressemble à un ado, un hippy ou un agriculteur Français. Ceux qui ont le malheur
de posséder un casier judiciaire sont envoyés à la prison d'Orsainville pour un petit
repos en cellule. Vers 16 heures la mairie émet un communiqué. Désormais, il
est strictement interdit d'amasser des bouts de pavée, des pierres ou des merdes de
chien.

Dans une halte routière près de St-Nicolas, on appréhende les premiers manifestants
potentiellement dangereux, quatre membres du groupe Montréalais Germinal. Un touriste Américain, témoin de l'arrestation, raconte que la
halte routière était franchement sale et que la toilette publique dégageait une odeur
pestilentielle. Cette
affirmation fera la manchette des journaux le lendemain.
19 AVRIL : LE CALME AVANT LA TEMPÊTE

Le Sommet des Peuples remet ses conclusions. On exige la divulgation des textes de la ZLÉA. Le ministre du Commerce International, Pierre Pettigrew, annonce
que les textes ne seront pas rendus publiques. Il ne s'agit pas d'un manque de
transparence, assure-t-il, mais d'un problème de procrastination. Les traductions ne sont
pas terminées !

Le Sommet des peuples clos, José Bovet entreprend une petite croisade contre les OGM.
Malheureusement, il attire plus de journalistes que de manifestants. La presse lui demande
son avis sur une multitude de sujets, passant du goût de la poutine, à la salubrité des
toilettes publiques au Québec.
En pleine nuit, c'est le boucan dans
mon quartier. Attiré par le bruit, je rejoins la première manifestation populaire, une
marche aux flambeaux qui se dirige vers la Basse-Ville de Québec. Le défilé abouti à
l'îlot fleuris, où est organisé un spectacle Hip-hop aux accents tribaux. Cette
événement, qui vise à dénoncer la société de consommation, s'avère très
conceptuelle. Les manifestants ont tous vaguement l'air de SDF.
20 AVRIL : L'AIR PUR DES SOMMETS


On boucle le périmètre de sécurité plus tôt que prévue. En matinée, c'est l'arrivé
des officiels. De nombreux hélicoptères de surveillances patrouillent le ciel et des tireurs d'élite font leurs apparitions au sommet des quatre buildings qui
composent le centre-ville de Québec.
Vers midi, Greenpeace franchit le périmètre de sécurité en
montgolfière. Un acte qui ne rime à rien, sinon à se faire un peu de publicité. C'est
également le début des manifestations. La foule se ruent sur les barrières métalliques
et la fumée obscurcit le ciel.

En après-midi deux brèches se forment dans le périmètres de sécurité.
Alertés, les policiers ripostent en lançant des bombes lacrymogènes en direction des
journalistes. Cette tactique permettra de distraire les manifestants un certain temps. En
effet, la foule se fera un plaisir de braver les gaz lacrymogènes devant les caméras de
télévision. Tandis que les journalistes, de leur coté, tenteront d'interviewer les
bombes fumigènes qui n'auront pas explosé.
C'est la consternation du coté des policiers, les vents défavorables enfument rapidement
les unités de police et le centre des congrès où se terrent les officiels. Ce qui
retarde de quelques heures l'inauguration du Sommet. Enfin, l'escouade tactique déclenche
des canons à neige, ce qui repousse les gaz dans la bonne direction,
c'est à dire dans un quartier résidentiel.

MISSION ACCOMPLIE, BRAVO !
20 AVRIL : MATONS DU MUTIN

Vers 15 heures, les policiers sont informés de l'identité des
leaders chez les belligérants. Pas question d'attendre que la Belle Capitale soit à feu
et à cendre, on procède aussitôt à des arrestations. On vérifiera
plus tard si les
informations étaient bonnes. Ainsi, des policiers se pointent dans un quartier cossue de
la ville, où la majorité de la population n'est même pas au courant des émeutes qui
retentissent au centre-ville.
Des témoins racontent : «Les policiers sont sortis abruptement de deux véhicules
banalisés. Ils étaient déguisés en manifestants avec des bandeaux sur le visage. Ils
se sont rués sur trois jeunes tandis que d'autres policiers tenaient les témoins à
distance à l'aide de leurs bâtons électriques.»
Un autre cas similaire est rapporté, le groupe Rap Popmécanics captaient les dernières images de leur clip lorsque cinq
camionnettes sont arrivées en trombe sur le plateau de tournage. Le leader du groupe
estime qu'il y avait au moins quarante policiers. Ces derniers ont menotté
tout les membres de
la production et traîné le groupe jusqu'à la prison d'Orsainville.

IL EST DIFFICILE
D'APPRÉHENDER LA BONNE
PERSONNE AVEC UN MASQUE SUR LE VISAGE
20 AVRIL : FRIME ET CHÂTIMENT

En fin de soirée j'écoute le
bulletin de nouvelle sur la chaîne nationale. Le premier ministre du Canada donne son
avis à propos des manifestations :

«Ces manifestations ne sont pas légitimes. La meilleure façon de s'opposer, la
seule façon de s'opposer; c'est de se faire élire au gouvernement !»
Qui a dit que nos dirigeants n'étaient plus en faveur de la démocratie !? D'ailleurs, à
la prison d'Orsainville, les policiers entassent jusqu'à cinq personnes dans des cellules prévues
pour deux prisonniers. Sans aucune couverture, aucun matelas supplémentaire, les détenus
dorment directement sur le ciment. Heureusement, plusieurs détenus plus chanceux seront
menottés la nuit entière dans un autobus scolaire. On procédera également à des
fouilles à nu, en plein air, avant de traînés hommes et femmes, pêle-mêle, à la
douche froide. Il faudra attendre deux jours avant que les prisonniers aient droit à des
conditions décentes.
À l'intérieur du périmètre de
sécurité, dans une salle de spectacle branchée, une petite soirée VIP est organisée
afin de divertir les officiels. La nuit entière de longs faisceaux des projecteurs
danseront dans le ciel enfumé de la Vieille Capitale, conduits par le ronronnement
monotones des hélicoptères. On apprendra plus tard que les artistes engagés
lors de cette petites sauteries n'ont pas été rémunérés. Des jeunes, pour la plupart,
qui se satisferont d'avoir performer devant le président des États-Unis.
21 AVRIL : AUX LARMES CITOYENS !

En avant-midi c'est l'Ascension, José Bovet retourne en
France. Il s'élève vers les cieux dans un grand éclat de lumière biologique. Toujours
en quête de publicité facile, un adepte de Greenpeace se précipite du haut du
toit du Château Frontenac en s'écriant : «C'est pour toi Damien !» Hélas,
l'incident ne fait pas bonne impression à la télévision. La chute était trop
prévisible.
En après-midi, une marche pacifique est organisée. Vision
surréaliste : J'y croise un mec déguisé en Fidel Castro qui hurle «Vive la démocratie
!» Pendant ce temps la guerre se poursuit aux abords du périmètre de sécurité. Les
policiers ont maintenant le vent dans le bon sens. Les gaz se dirigent en direction de la
manifestation pacifique. En me rendant à l'épicerie du coin, à quelques mètres de chez
moi, j'ai le temps de vider une boîte entière de papier-mouchoir et trois rouleaux de
papier hygiénique. Même chose pour la petite mère et son bébé naissant, qui tente
d'éviter les gaz en se réfugiant à l'intérieur du commerce.
Enthousiastes, les policiers tirent sur les manifestants à bout portant. Les balles de
plastique fusent de toutes part. Puisqu'elles ne sont pas des armes
offensives, elles se contentent de casser des bras et des mâchoires.
Toutefois un manifestant trop douillet se fait
fracturer le larynx, un beau sujet de reportage, avec du sang, de la souffrance, comme on
les aime.

LES POLICIERS AVAIENT
DISTRIBUÉS DES FANIONS AFIN DE
LOCALISER LES MANIFESTANTS POTENTIELLEMENT DANGEREUX
21 AVRIL : LE COWBOY ET LES INDIENS

Une photographe, Caroline Hayeur, et un reporter radio, Denis Duchesne, sont atteints par
des balles de caoutchouc. Par ailleurs les arrestation à l'aveuglette se poursuivent.
Trois photographes et un journaliste sont mis sous les verrous. Vers 16 heures, un représentant des forces de l'ordre raconte à la
télévision que toutes les images captées par les journalistes seront saisies par la
police, à des fins d'identification. Cette tactique permet de contrôler les manifestants
un certain temps. En effet, la foule se fera un plaisir de s'attaquer aux camionnettes de
la presse au lieu de s'en prendre aux véhicules de la police.
Les dernières manuvres sont
réalisées durant la nuit. Les policiers repoussent les manifestants vers
la Basse-Ville de Québec, mal préparée à une éventuelle émeute. C'est la
casse mais
heureusement il s'agit «seulement» d'un quartier pauvre. À défaut d'un murs de sécurité ou de
voitures de la presse, les émeutiers s'en prennent aux édifices et mettent le feu un peu
partout.
Vers 4 heures, les policiers effectuent
des arrestations massives et le calme revient. On nettoient les rues de la ville; le
spectacle est terminé. Le sommet est clos. Mission accomplie : avec toute cette
agitations à l'extérieur, personne n'aura songé à s'intéresser à ce qui se passait à l'intérieur du
Centre des Congrès de Québec.

LORS DES MANIFESTATIONS DU 19
AVRIL 2001, LA NASA (MODIS) RÉALISE CE CLICHÉ.
IL EST POSSIBLE DE DISTINGUER LA FUMÉE QUI SE DÉGAGE DE LA VILLE DE QUÉBEC.
22 AVRIL : DES OBSERVATIONS

Le premier ministre du Canada fait le
compte rendu du Sommet des Amériques.

«Nous avons eu des discussions sur une foule de sujets pour l'avenir de notre
hémisphère (...) établir, d'ici 2005, des règles claires pour les échanges
économiques au sein de l'hémisphère».
Personne ne bronche malgré un lapsus
évident. N'aurait-il pas été plus juste de parler de
«continent» au lieu d'hémisphère ? Les Amériques de notre bon premier ministre se
limite-t-il à l'hémisphère nord ? Que dire de l'Amérique du Sud !?
Ce lapsus me laisse croire que le sommet
des Amériques, c'est l'histoire qui se répète. C'est l'équivalent du Far-West, quand les cow-boys pactisaient avec les
Amérindiens afin de
mieux contrôler leurs territoires. À la différence près qu'hier on offrait des bouts
de miroirs et qu'aujourd'hui on laisse miroiter la promesse de connecter tout les pays en
voie de développement à Internet.
La Zléa, c'est avant tout une façon de contrôler les pays dits «instables». Par exemple,
le fameux chapitre 11 de
L'ALÉNA sur l'investissement à l'étranger, un modèle
reconnu lors des négociations de la ZLÉA. Cette clause permet à une entreprises
d'entreprendre des démarches légales contre un gouvernement, si cette dite entreprise se
considère lésée. Ainsi elle pourrait intenter des poursuites contre un pays, si elle
juge que sa politique nuit à ses profits.
Ainsi, par le biais des compagnies, les pays riches ont désormais un terrible moyen de
pression. C'est à se demander si les casques bleus ne seront pas bientôt en retraite
anticipée. Enfin, la Zléa c'est un superbe travail de relation publique. Pourquoi
organise-t-on les sommets en pleine ville, qu'on ne privilège pas plutôt un endroit
isolé et secret, inconnu de la population ? Peut-être afin de provoquer des
manifestations qui détourneront l'intérêt de la presse ? Il faut croire que
l'indifférence vaut bien 73 millions de dollars !
Yanick
D. juin 2001

|