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KEUF ! KEUF !
JOURNAL DU SOMMET



Mysterious Yanick D
CYBERCARNET
Vol5 - No2 - juin 2001

SPÉCIAL SOMMET DE QUÉBEC

J ' A I   S U R V É C U   A U   S O M M E T   D E S   A M É R I Q U E S

 


Plus de 6700 policiers et 1500 militaires ont été recrutés lors du Sommet des Amériques à Québec afin de protéger un périmètre de 4 km². Un total de 903 balles de plastique et 5148 bombes fumigènes et lacrymogènes ont été utilisés en moins de 48 heures. La facture pour la sécurité de l'événement s'élèvera à 73 millions de dollars Canadiens.
Ce texte fut publié dans le magazine L'écho du village. No12. Juin 2001.

 



REVUEduSOMMET
LA RUMEURCHRONIQUE D'UN WEBMESTRE



MARS :
UN MOIS AVANT LA GUERRE

Dès le mois de mars, les médias exploitent abondamment le Sommet des Amériques. Ils décrivent en long et en large les futures opérations policières. L'objectif est de dissuader la population à manifester mais cette propagande incitera plutôt les manifestants à s'organiser autrement, afin de riposter avec plus d'efficacité. C'est du moins se que racontent les autorités afin de justifier la construction d'un mur de sécurité qui ceinturera la ville.


LE MUR AUTOUR DE QUÉBEC

À la fin du mois de mars, c'est le branle bas de combat. On érige une clôture métallique afin de délimiter le périmètre de sécurité. En prévision d'une éventuelle émeute, on songe également à éliminer tous les éléments du décor qui pourraient servir de projectiles. Des ouvriers municipaux s'attaquent aussitôt aux rues cerclant le Vieux-Québec, éliminant les pavés, les pierres et les merdes de chien. On retire aussi les boîtes postales, dans l'éventualité qu'un manifestant ait l'idée d'y poster une bombe ou pire, d'y élire domicile.

Pour achever les prépartatifs, on vide la prison d'Orsainville en prévision des futures arrestations. Les bagnards sont transférés vers d'autres pénitenciers où on n'offre pas nécessairement les jeux vidéos.




18 AVRIL : LE PRÉAMBULE



C'est la procession aux rameaux, José Bové arrive en ville. Les médias, qui n'ont toujours rien à se mettre sous la dent, se précipitent sur le contestataire. Ce dernier promet qu'il ne s'attaquera pas aux Mc-Do de la région. Notons qu'il lui serait malaisé de pester contre l'américanisation depuis qu'il est en Amérique.


Vers 15 heures
, c'est le début des premières arrestations. À la douane, les autorités Canadiennes appréhendent quiconque ressemble à un ado, un hippy ou un agriculteur Français. Ceux qui ont le malheur de posséder un casier judiciaire sont envoyés à la prison d'Orsainville pour un petit repos en cellule. Vers 16 heures la mairie émet un communiqué. Désormais, il est strictement interdit d'amasser des bouts de pavée, des pierres ou des merdes de chien.



Dans une halte routière près de St-Nicolas, on appréhende les premiers manifestants potentiellement dangereux, quatre membres du groupe Montréalais Germinal. Un touriste Américain, témoin de l'arrestation, raconte que la halte routière était franchement sale et que la toilette publique dégageait une odeur pestilentielle. Cette affirmation fera la manchette des journaux le lendemain.





19 AVRIL : LE CALME AVANT LA TEMPÊTE


Le Sommet des Peuples remet ses conclusions. On exige la divulgation des
textes de la ZLÉA. Le ministre du Commerce International, Pierre Pettigrew, annonce que les textes ne seront pas rendus publiques. Il ne s'agit pas d'un manque de transparence, assure-t-il, mais d'un problème de procrastination. Les traductions ne sont pas terminées !


Le Sommet des peuples clos, José Bovet entreprend une petite croisade contre les OGM. Malheureusement, il attire plus de journalistes que de manifestants. La presse lui demande son avis sur une multitude de sujets, passant du goût de la poutine, à la salubrité des toilettes publiques au Québec.

 

En pleine nuit, c'est le boucan dans mon quartier. Attiré par le bruit, je rejoins la première manifestation populaire, une marche aux flambeaux qui se dirige vers la Basse-Ville de Québec. Le défilé abouti à l'îlot fleuris, où est organisé un spectacle Hip-hop aux accents tribaux. Cette événement, qui vise à dénoncer la société de consommation, s'avère très conceptuelle. Les manifestants ont tous vaguement l'air de SDF.




20 AVRIL : L'AIR PUR DES SOMMETS



On boucle le périmètre de sécurité plus tôt que prévue. En matinée, c'est l'arrivé des officiels. De nombreux hélicoptères de surveillances patrouillent le ciel et des
tireurs d'élite font leurs apparitions au sommet des quatre buildings qui composent le centre-ville de Québec.

Vers midi,
Greenpeace franchit le périmètre de sécurité en montgolfière. Un acte qui ne rime à rien, sinon à se faire un peu de publicité. C'est également le début des manifestations. La foule se ruent sur les barrières métalliques et la fumée obscurcit le ciel.



En après-midi deux brèches se forment dans le périmètres de sécurité. Alertés, les policiers ripostent en lançant des bombes lacrymogènes en direction des journalistes. Cette tactique permettra de distraire les manifestants un certain temps. En effet, la foule se fera un plaisir de braver les gaz lacrymogènes devant les caméras de télévision. Tandis que les journalistes, de leur coté, tenteront d'interviewer les bombes fumigènes qui n'auront pas explosé.

C'est la consternation du coté des policiers, les vents défavorables enfument rapidement les unités de police et le centre des congrès où se terrent les officiels. Ce qui retarde de quelques heures l'inauguration du Sommet. Enfin, l'escouade tactique déclenche des canons à neige, ce qui repousse les gaz dans la bonne direction, c'est à dire dans un quartier résidentiel.




MISSION ACCOMPLIE, BRAVO !




20 AVRIL : MATONS DU MUTIN


Vers 15 heures, les policiers sont informés de l'identité des leaders chez les belligérants. Pas question d'attendre que la Belle Capitale soit à feu et à cendre, on procède aussitôt à des arrestations. On vérifiera plus tard si les informations étaient bonnes. Ainsi, des policiers se pointent dans un quartier cossue de la ville, où la majorité de la population n'est même pas au courant des émeutes qui retentissent au centre-ville.

Des témoins racontent : «Les policiers sont sortis abruptement de deux véhicules banalisés. Ils étaient déguisés en manifestants avec des bandeaux sur le visage. Ils se sont rués sur trois jeunes tandis que d'autres policiers tenaient les témoins à distance à l'aide de leurs bâtons électriques.»

Un autre cas similaire est rapporté, le groupe Rap
Popmécanics captaient les dernières images de leur clip lorsque cinq camionnettes sont arrivées en trombe sur le plateau de tournage. Le leader du groupe estime qu'il y avait au moins quarante policiers. Ces derniers ont menotté tout les membres de la production et traîné le groupe jusqu'à la prison d'Orsainville.



IL EST DIFFICILE D'APPRÉHENDER LA BONNE
PERSONNE AVEC UN MASQUE SUR LE VISAGE




20 AVRIL : FRIME ET CHÂTIMENT


En fin de soirée
  j'écoute le bulletin de nouvelle sur la chaîne nationale. Le premier ministre du Canada donne son avis à propos des manifestations :

Hic !
«Ces manifestations ne sont pas légitimes. La meilleure façon de s'opposer, la seule façon de s'opposer; c'est de se faire élire au gouvernement !»


Qui a dit que nos dirigeants n'étaient plus en faveur de la démocratie !? D'ailleurs, à la prison d'Orsainville, les policiers entassent jusqu'à cinq personnes dans des cellules prévues pour deux prisonniers. Sans aucune couverture, aucun matelas supplémentaire, les détenus dorment directement sur le ciment. Heureusement, plusieurs détenus plus chanceux seront menottés la nuit entière dans un autobus scolaire. On procédera également à des fouilles à nu, en plein air, avant de traînés hommes et femmes, pêle-mêle, à la douche froide. Il faudra attendre deux jours avant que les prisonniers aient droit à des conditions décentes.

À l'intérieur du périmètre de sécurité, dans une salle de spectacle branchée, une petite soirée VIP est organisée afin de divertir les officiels. La nuit entière de longs faisceaux des projecteurs danseront dans le ciel enfumé de la Vieille Capitale, conduits par le ronronnement monotones des hélicoptères. On apprendra plus tard que les artistes engagés lors de cette petites sauteries n'ont pas été rémunérés. Des jeunes, pour la plupart, qui se satisferont d'avoir performer devant le président des États-Unis.




21 AVRIL : AUX LARMES CITOYENS !


En avant-midi c'est l'Ascension, José Bovet retourne en France. Il s'élève vers les cieux dans un grand éclat de lumière biologique. Toujours en quête de publicité facile, un adepte de Greenpeace se précipite du haut du toit du Château Frontenac en s'écriant : «C'est pour toi Damien !» Hélas, l'incident ne fait pas bonne impression à la télévision. La chute était trop prévisible.

En après-midi, une marche pacifique est organisée. Vision surréaliste : J'y croise un mec déguisé en Fidel Castro qui hurle «Vive la démocratie !» Pendant ce temps la guerre se poursuit aux abords du périmètre de sécurité. Les policiers ont maintenant le vent dans le bon sens. Les gaz se dirigent en direction de la manifestation pacifique. En me rendant à l'épicerie du coin, à quelques mètres de chez moi, j'ai le temps de vider une boîte entière de papier-mouchoir et trois rouleaux de papier hygiénique. Même chose pour la petite mère et son bébé naissant, qui tente d'éviter les gaz en se réfugiant à l'intérieur du commerce.

Enthousiastes, les policiers tirent sur les manifestants à bout portant. Les balles de plastique fusent de toutes part. Puisqu'elles ne sont pas des armes offensives, elles se contentent de casser des bras et des mâchoires. Toutefois un manifestant trop douillet se fait fracturer le larynx, un beau sujet de reportage, avec du sang, de la souffrance, comme on les aime.




LES POLICIERS AVAIENT DISTRIBUÉS DES FANIONS AFIN DE
LOCALISER LES MANIFESTANTS POTENTIELLEMENT DANGEREUX




21 AVRIL : LE COWBOY ET LES INDIENS


Une photographe, Caroline Hayeur, et un reporter radio, Denis Duchesne, sont atteints par des balles de caoutchouc. Par ailleurs les arrestation à l'aveuglette se poursuivent. Trois photographes et un journaliste sont mis sous les verrous. Vers
16 heures, un représentant des forces de l'ordre raconte à la télévision que toutes les images captées par les journalistes seront saisies par la police, à des fins d'identification. Cette tactique permet de contrôler les manifestants un certain temps. En effet, la foule se fera un plaisir de s'attaquer aux camionnettes de la presse au lieu de s'en prendre aux véhicules de la police.

Les dernières manœuvres sont réalisées durant la nuit. Les policiers repoussent les manifestants vers la Basse-Ville de Québec, mal préparée à une éventuelle émeute. C'est la casse mais heureusement il s'agit «seulement» d'un quartier pauvre. À défaut d'un murs de sécurité ou de voitures de la presse, les émeutiers s'en prennent aux édifices et mettent le feu un peu partout.

Vers 4 heures, les policiers effectuent des arrestations massives et le calme revient. On nettoient les rues de la ville; le spectacle est terminé.  Le sommet est clos. Mission accomplie : avec toute cette agitations à l'extérieur, personne n'aura songé à s'intéresser à ce qui se passait à l'intérieur du Centre des Congrès de Québec.



Québec vu du ciel lors du sommet
LORS DES MANIFESTATIONS DU 19 AVRIL 2001, LA NASA (MODIS) RÉALISE CE CLICHÉ.
IL EST POSSIBLE DE DISTINGUER LA FUMÉE QUI SE DÉGAGE DE LA VILLE DE QUÉBEC.




22 AVRIL : DES OBSERVATIONS

Le premier ministre du Canada fait le compte rendu du Sommet des Amériques.

Hic !
«Nous avons eu des discussions sur une foule de sujets pour l'avenir de notre hémisphère (...) établir, d'ici 2005, des règles claires pour les échanges économiques au sein de l'hémisphère».

Personne ne bronche malgré un lapsus évident. N'aurait-il pas été plus juste de parler de «continent» au lieu d'hémisphère ? Les Amériques de notre bon premier ministre se limite-t-il à l'hémisphère nord ? Que dire de l'Amérique du Sud !?

Ce lapsus me laisse croire que le sommet des Amériques, c'est l'histoire qui se répète. C'est l'équivalent du Far-West, quand les cow-boys pactisaient avec les Amérindiens afin de mieux contrôler leurs territoires. À la différence près qu'hier on offrait des bouts de miroirs et qu'aujourd'hui on laisse miroiter la promesse de connecter tout les pays en voie de développement à Internet.

La Zléa, c'est avant tout une façon de contrôler les pays dits «instables». Par exemple, le fameux
chapitre 11 de L'ALÉNA sur l'investissement à l'étranger, un modèle reconnu lors des négociations de la ZLÉA. Cette clause permet à une entreprises d'entreprendre des démarches légales contre un gouvernement, si cette dite entreprise se considère lésée. Ainsi elle pourrait intenter des poursuites contre un pays, si elle juge que sa politique nuit à ses profits.

Ainsi, par le biais des compagnies, les pays riches ont désormais un terrible moyen de pression. C'est à se demander si les casques bleus ne seront pas bientôt en retraite anticipée. Enfin, la Zléa c'est un superbe travail de relation publique. Pourquoi organise-t-on les sommets en pleine ville, qu'on ne privilège pas plutôt un endroit isolé et secret, inconnu de la population ? Peut-être afin de provoquer des manifestations qui détourneront l'intérêt de la presse ?  Il faut croire que l'indifférence vaut bien 73 millions de dollars !

Yanick D.  juin 2001



Y.D

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